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Fiche : Enguerrand de Guivre
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MessageSujet: Poursuite farouche Lun 15 Oct - 12:05
Enguerrand c'était un peu éloigné du groupe pour profiter du calme de la forêt de Maldaour, la chasse à courre le passionnait guère.
Le bruit des hommes, des chevaux et des chiens courant après le gibier lui donnait mal aux crânes, il avait besoin de silence. Il savait que dans quelques jours il allait devoir rejoindre la capitale, Castelion, ville bruyante et détestable, pour assister au grand tournois organisé par le Roi. Son pays lui manquait déjà.
La forêt le rendait nostalgique. Son odeur typique, la faible luminosité qui filtrait à travers les feuilles des arbres, la brise légère qui lui caressait le visage, tout lui rappelait son enfance.

Au loin, il entendait la voix du maréchal Hugues de Bognac crier aux chiens de ne pas se disperser. Il était difficile de diriger une meute aussi grande, mais les chasseurs avaient de l'expérience. Le duc, le bouteiller Philippe de la Pointe et Hugue de Bognac chassaient souvent ensemble. Aujourd'hui, s'ajoutaient à la compagnie le jeune Raimbaut de Saint-Galant, Enguerrand et son cousin le vicomte Valère de Beauziac.
En début d'après-midi, à peine avaient-ils pénétré dans la forêt de chênes-lièges, dans une partie réservée au duc, que les chiens avaient repéré la trace d'un cerf. S'en été suivit une folle poursuite.

Sur sa route, il rencontra une vieille stèle surmontée d'une croix. Il y arrêta son cheval, se signa et fit une prière à voix basse pour le défunt, au vu de l'état de la pierre, recouverte de mousse et lézardée par le temps, le pauvre mort ne devait avoir que peu de visite.
Il finit par atteindre une petite clairière baignée par le soleil de Cahogne. Ici, le bruit des chiens et des chasseurs se faisaient plus distants. Enguerrand profitait, les moments de calme étaient rares dans la vie d'un chevalier.
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MessageSujet: Re: Poursuite farouche Mer 17 Oct - 23:08
Enguerrand tira sur les brides de son cheval pour lui faire quitter la clairière.
Ici, il n'entendait plus les aboiements des chiens et de leurs maîtres, juste le bruit du vent faisant secouant les branches des arbres, le chant des oiseaux et l'écoulement d'une petite rivière.
Le sénéchal approcha son cheval du ruisseau pour le faire boire, puis en profita pour poser un pied à terre. Sa botte s'enfonça dans la boue en éclaboussant autour. Il réajusta son baudrier d'où pendait son épée, puis il releva les manches de mailles son haubert pour plonger ses mains dans l'eau jusqu'au coude. Il se passa un peu d'eau sur le visage pour se rafraîchir.
Le chevalier resta un instant accroupis au bord de la rivière, à regarder son reflet et à penser, avant que son cheval ne vienne le déranger d'un gentil coup de museau.
Il passa une main dans sa crinière.

« On va y aller ne t'inquiète pas. Je sais que tu aimes la chasse, mais moi ce n'est pas vraiment mon truc. C'est trop bruyant. Tu devrais profiter un peu du calme, bientôt tu vas être entouré de gens et de cris... »


Il se releva, attrapa la bride du cheval et le tira d'ici pour rebrousser chemin.
Au loin, de l'autre côté de la clairière, il vit passer le cerf. Quelques secondes après, la meute de chiens, suivit de près par les chevaux et leurs cavaliers. Il vit son père, le duc Gonthier, frapper son cheval du plat de son épée pour le faire avancer plus vite. Enguerrand avait pour lui à la fois du mépris et de l'admiration. Il le méprisait pour le père qu'il était, mais il l'admirait pour le chevalier qu'il avait été.
Enguerrand remonta en selle avant d'entendre approcher quelqu'un. C'était un beau cheval portant un homme petit et maigre, le visage creusé de sillons disgracieux, mais habillé de la plus noble des manières.

« Cousin ? Vous n'êtes pas avec le compagnie à chasser le cerf ? »
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MessageSujet: Re: Poursuite farouche Sam 20 Oct - 15:19
Le vicomte n’avait pas grandit en Cahogne. Son pays à lui, c’était la capitale. Ses forêts, c’étaient les bâtiments en chaux et en bois qui se dressaient au-dessus de rues pavées ou boueuses selon les quartiers. L’odeur qu’il sentait, c’étaient les épices étrangères et les pots-de-chambres vidés sur la chaussée. C’était donc avec un cœur tout particulier et un sourire au visage qu’il arpentait, juché sur sa selle, le bois qu’on était en train de courir. Le petit temps frais du matin l’avait enrhumé, et c’était donc avec une écharpe de soie d’Aurore qu’il trottait à travers les arbres, escortés par quelques valets et écuyers.
Il était arrivé en Cahogne il y a quelques jours, invité par son oncle paternel. Il était arrivé avec ses propres chiens et son veneur, et hier, la soirée avait été passée à bien boire et à rigoler tout en comparant les bêtes qui serviraient à l’hallali d’aujourd’hui. Aussi, le vicomte était encore légèrement abasourdi par l’ivresse de la veille. Il reniflait, demandait souvent à son page de lui donner à boire (De l’eau plate), et cavalait plus lentement que le duc qui s’était déjà élancé à la recherche d’un dix-cor à aller pourfendre.

Valère cavalait au hasard dans la forêt. Ouvrant la marche se trouvait un forestier, un pur Cahon qui courrait à terre, de la boue plein les bottes et jusque sur son torse. Il escortait le groupe du vicomte plus citadin et de ses gens. Le vicomte lui se retrouvait à discuter et à rigoler avec un petit noble local, qu’il s’était mit à apprécier à cause de sa discussion. Valère ne chassait pas tellement pour le sport – il n’en avait pas tellement le physique – il chassait pour le social, pour les bons repas et pour les rires échangés en plein air. Il profitait donc de ce pas beaucoup plus lent. Au grand dam de ses chiens, qui traînaient et n’arrêtaient pas de mettre leurs museaux dans la fange, retenus avec peine par le vieux veneur barbu qui n’arrêtait pas de leur hurler des ordres pour qu’ils restent près de lui.
Il y eut des cris lointains. Le forestier nota que le duc Gonthier avait probablement trouvé un cerf. Valère sourit et ordonna qu’on aille dans la direction des aboiements de chiens qui résonnaient dans un grand écho à travers les arbres du bois. La petite troupe suivit la rivière, et c’est par pur hasard que Valère trouva un cavalier bien esseulé. Il le reconnu à son habit avant de découvrir son visage. Valère se retourna et dit à ses gens de continuer sans lui, tandis qu’il allait au petit trot jusqu’à ce cavalier, uniquement escorté par un écuyer sur un destrier et un page monté sur un petit mulet.

Le cheval de Valère arriva à hauteur du cavalier. Le vicomte lui fit un grand sourire et un signe de main, avant de s’arrêter devant lui en tirant les brides de sa monture.

« J’allais vous poser la même question, cousin ! Il semblerait que sire votre père ait trouvé une belle proie. »


Le vicomte détacha son regard d’Enguerrand pour voir la petite troupe de chevaux et de bannières de l’autre côté de la rivière, qui faisaient trembler les feuilles des buissons et hurler les chiens au loin. Puis, il observa à nouveau le chevalier solitaire, et lui parla avec un grand sourire.

« Quel magnifique pays. Il me change beaucoup de Castelion. Pardonnez ma voix un peu enrouée, je me sens légèrement malade. Je vous avoue que j’ai accumulé un peu de retard, mais ce n’est pas grave, j’aime marcher ce bois à mon rythme.
Nous n’avons pas pu beaucoup parler hier. Comment allez-vous, mon cher cousin ? »
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MessageSujet: Re: Poursuite farouche Jeu 1 Nov - 19:10
« Oui je l'ai vu aussi, un grand et beau cerf. »

Enguerrand observait le visage de Valère peut être avec un peu trop d'insistance. Il n'était pas surprit des cicatrices, Valère les portait depuis l'enfance et Enguerrand le connaissait bien, mais ce dernier avait toujours été fascinait par ce mélange de laideur et de charisme qui émanait de son cousin : le vicomte était vilain par son corps mais il était beau par sa voix et ses manières.

« Que diriez vous de m'accompagner dans les bois ? Nous pourrions discuter. Il est vrai que mon père s'est accaparé votre temps hier, je crois qu'il est heureux de vous avoir au château, même s'il ne le montre pas beaucoup. »

Enguerrand non plus ne le montrait pas, mais la présence de son cousin l'enchantait. De près de 10 ans son aîné, Valère avait été une sorte de grand frère pour lui, lorsque le sénéchal n'était qu'un écuyer au service d'un chevalier de la capitale. Enguerrand appréciait sa courtoisie et son sens de l'honneur, même s'il avait apprit à se méfier de lui.

« Castelion ne vous manque pas trop ? Les gens de la ville trouvent souvent la campagne un peu trop calme. Vous n'avez pas hâte de rentrer ? Je sais que mon oncle le Roi s'apprête à organiser un tournois. Je me souviens que la joute n'était pas ce que vous préfériez, mais peut être qu'il serait amusant pour nous d'y participer. Mon père veut que je représente la maison là bas, il n'est plus en age de combattre, vous avez dû le remarquer aujourd'hui... »

A chevaucher à côté de Valère, des souvenirs de Valentine remontaient à la mémoire d'Enguerrand.
Ils ne s'étaient pas beaucoup revus depuis la fin de la guerre il y a 3 ans. Valère était resté dans la péninsule alors qu'Enguerrand était retourné en Cahogne. Il se revoyait à faire le siège de Reino sous les ordres du Connétable Richard de Beaucoeur. Valère s'y était illustré dans les négociations de reddition, bien qu'au final tout ça abouti à une paix blanche ; mais ça son cousin n'y était pour rien.
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MessageSujet: Re: Poursuite farouche Jeu 1 Nov - 19:38
Comme à son habitude, le vicomte de Beauziac était tout sourires. Il agitait la tête, buvait les paroles d’Enguerrand, et donnait un air intéressé et attentif. Mais pour une fois, il n’y avait pas là une bête hypocrisie d’usage social ; Valère appréciait Enguerrand. Il savait que le jeune homme était brave, il avait pu en être témoin de ses propres yeux. La timidité et la piété toute honnête du jeune chevalier le rendait parfois ennuyant, surtout lorsque Valère tentait de le faire boire afin de le détendre à l’occasion d’un banquet quelconque, mais au fond le vicomte savait que ce n’était qu’une preuve de son exemplarité. Il n’était pas comme un évêque qui n’était que faussement droit.

« Bonne idée mon cousin. Chevauchons côte-à-côté. »

Valère retourna près de son cheval. Un page adolescent aida son maître à remonter sur la selle, avant de tourner les talons et d’aller à toute vitesse sur son mulet, afin de pouvoir continuer à suivre Valère. Le vicomte alla à la même allure qu’Enguerrand, permettant aux deux hommes de discuter. Les clients de Valère, eux, se tenaient un peu plus éloignés, et au bout d’un moment le vicomte ordonna à son veneur de lâcher les chiens, afin que les cavaliers aient une raison pour s’enfuir en avant à la recherche d’une proie tandis que les deux cousins restaient à leur vitesse dans le bois, accompagnés d’une escorte bien moindre : Toujours le même page, et l’écuyer qui lui servait de garde-du-corps.

« Castelion ne me manque jamais. Cette ville n’est pas à comparer à une femme, mais à une maîtresse diabolique qui tente les hommes, comme une envoyée de la Géhenne. Oh oui, j’aime y vivre, j’aime y rencontrer des gens du monde entier, mais c’est souvent épuisant d’y rester trop longtemps. La Cahogne elle est encore une terre pure et douce à vivre…
...Enfin. Excepté à Saint-Galant. Mais ça, cela a peut-être à voir avec la gestion de l’honorable comte de Douves… Vous y êtes retourné récemment ? »

Enguerrand parla du tournoi qui serait organisé prochainement à la capitale. Il ne pouvait pas parler à un meilleur interlocuteur : En tant que conseiller du Roi, Valère avait pu observer les nombreux débats sur la mise en place du tournoi, et surtout, son but réel. Il avait fallu négocier avec les bourgeois de la ville, donner des instructions aux sergents, et préparer tous les détails ennuyants de l’organisation d’un tel événement.

« Non, pour tout vous dire cousin, je n’avais pas remarqué ; Votre père est encore une telle force de la nature, à cavaler sur son cheval, ventre à terre, pour poursuivre un cerf… Il me semble certes plus âgé, mais tout de même vif.
Mais ce serait effectivement un plaisir de vous voir participer au tournoi. Si vous venez, vous résiderez à nouveau au manoir de la Vouivre, je suppose ? Vous n’y êtes pas souvent, c’est assez malheureux d’ailleurs, car il y a eu des travaux dans la salle de bal, et je vous assure qu’elle est encore plus somptueuse qu’avant, même Sa Majesté en a été, j’ose le penser, un peu jalouse…
Moi-même je commence à me faire vieillissant, et je n’ai jamais été un excellent combattant. Mais ce serait avec joie que j’équiperai pour aller briser quelques lances. Surtout qu’il n’y a pas meilleure occasion pour y rencontrer la fine fleure des Landes. Le tournoi tentera de faire appel à tous les preux du Royaume. Et sans Enguerrand de Guivre, je vois mal comment quiconque pourra oser prétendre que le tournoi de l’Unification a rassemblé tous les preux. »
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MessageSujet: Re: Poursuite farouche Jeu 1 Nov - 20:17
Le vicomte aborda un sujet sensible ici. Personne n'était sans savoir que les relations entre la maison de Douves et celle des Guivre étaient tendus depuis leur héritage de la vicomté de Mérigarde.

« Non, je ne suis pas allé à Saint-Galant depuis la succession. Ce n'est pas dans ma juridiction et j'évite de trop attiser les conflits entre les Douves et notre famille. Je suis sûr qu'un arrangement peut être trouvé sans effusion de sang.
Malheureusement, mon père a d'autres projets. Vous avez rencontré le jeune Raimbaut hier ? Pour le duc il est l'héritier légitime de la vicomté qu'ont honteusement usurpé les Douves... Enfin, ce n'est pas le moment de parler de politique. »


La troupe du duc s'était à présent assez éloignée pour qu'on ne les entende plus. Le calme était revenu autour des deux cavaliers, seulement dérangé par le bruit des feuilles soulevées par le vent et les pas de leurs chevaux.

« Vous savez bien que je n'aime pas trop la capitale. Comme vous dite, les femmes diaboliques, très peu pour moi... Mais je veux bien vous croire pour les travaux. Participer au tournois sera l'occasion de voir ça, bien que contrairement à ce que vous pensez, je ne suis pas sûr que ma présence soit indispensable à son bon déroulement. Avec ou sans moi le tournois de mon oncle sera une grande fête. »

Au loin, l'hallali sonna, la bête était tombée. Enguerrand voulu en dire un mot à son cousin, féliciter son père pour sa réussite, mais il fût arrêter dans son attention par un bruit suspect provenant d'un buisson.

« Qui va là ? » s'écria le sénéchal de Cahogne.
Il lança un regard à son cousin, en s'imaginant tout de suite un tueur venu leur tailler un gilet. Avoir parlé des Douves juste avant avait réveillé sa paranoïa. Mais des feuillages, c'est une petite tête encapuchonnée qui en sortie. Un enfant, pas plus haut que 3 pommes, la bouille crasseuse mais bien en chair. Il portait à sa ceinture 3 lapins fraîchement tués...

« Qui êtes vous ? Vous ne savez donc bien que vous vous trouvez dans une forêt privée appartenant au duc ?
- Si messire... »


On avait du mal à savoir si c'était une fillette ou un petit garçon, et sa petite voix apeurée n'aider en rien pour déterminer cela.

« Vous êtes un braconnier ? Vous savez ce qu'on fait aux braconniers ?
- Je m'en excuse messire... c'est mon père, il m'oblige ! »


Enguerrand était sénéchal de Cahogne, c'était à lui de rendre la justice. Il aurait été seul, peut être aurait-il laissé partir ce braconnier inoffensif plutôt que de le pendre comme c'était la tradition. Mais devant son cousin il ne voulait pas perdre la face et paraître faible. Il eut alors une idée.

« Ce devrait être à moi de décider de ton sort. Mais je suis en présence d'un invité prestigieux et je ne saurais agir sans lui demander son avis. Que feriez vous mon cher cousin s'il vous arrivait de trouver un braconnier sur vos terres ? »
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MessageSujet: Re: Poursuite farouche Jeu 1 Nov - 21:04
Ce n’était pas le moment de parler politique. Enguerrand avait cette fâcheuse habitude à toujours balayer du revers de la main la moindre des petites allusions de Valère, obligeant le vicomte à être de moins en moins subtile avec les idées qu’il essayait de faire germer dans le cerveau de son cousin. Hélas, chaque fois, cela s’abattait contre la résolution et la piété d’Enguerrand. Malgré leur amitié, Valère et Enguerrand étaient résolument différents ; Pour Valère, tout, absolument tout, était politique. On pouvait légitimement le taxer de cynique, mais le vicomte s’estimait avant tout être lucide. C’était peut-être pour cela qu’il appréciait autant le chevalier de Guivre, même s’il était si différent de tous les autres aristocrates du Royaume. Avec son honneur et sa piété, c’était un homme d’un autre monde, idéalisé, plus pur et plus noble. Ce genre de comportement se croisait très souvent parmi les vavasseurs et les hobereaux, mais rarement chez un « de Guivre », un fils d’un des Grands du Royaume.
Mais Valère respecta la décision d’Enguerrand. Le chevalier savait être têtu.

« Vous avez raison ! N’en parlons pas. Pas maintenant. »

À vrai dire, sur cette affaire d’héritage, Valère était partagé. C’était le soucis de sa position. En tant que neveu et vassal du duc de Cahogne, il se devait de le soutenir et d’aspirer à l’unité et la prospérité de son pays, ce qui était mis en danger par l’héritage de l’immonde famille de Douves. Mais en tant que conseiller du Roi élevé à la Cour, il se devait d’être fidèle envers la Couronne, qui aspirait à la paix et la tranquillité du Royaume. Pour l’heure, cela ne posait aucun soucis, car le Roi et le Duc partageaient une relation plus grande que celle du simple serment-lige : Ils sont amis et alliés. Mais qui pouvait oser prétendre que cela ne changerait pas au cours des mois ou des années à venir ?

Il n’empêche. Enguerrand était toujours le même, il n’y avait qu’à voir sa réflexion sur le tournoi. Valère ne put s’empêcher d’éclater d’un court rire très clair. S’ils étaient à pied, sans doute que le vicomte lui aurait tapé l’épaule :

« Soit, alors ; Ce sera une grande fête ! Et je sais que vous ne les aimez pas, ces fêtes, mais j’insiste pour vous y voir. Et pas vous voir seulement sur les lices à montrer à tout le Royaume votre courage, ce que personne ne peut contester, je vous ai suffisamment vu face aux guerriers dwyms et aux piquiers valentins pour croire que votre réputation n’est pas imméritée : Mais je souhaite aussi vous présenter du monde. Des amis à moi, qui je l’espère, deviendront des amis à vous. »

Mais le sénéchal de Cahogne n’eut pas le temps de véritablement répondre à cette idée. Il fut alerté par quelque chose qui venait des fourrées. Valère se senti un peu inquiet avec le silence pesant et l’attitude soudaine de son cousin. Dans son dos, le jeune écuyer qui l’accompagnait partout força son destrier à faire quelques pas en avant, et posa sa main à son épée, prêt à tirer le fer face aux intrus. Mais lorsque ce ne fut qu’une minuscule ombre qui se tira des fourrages, le vicomte ne put s’empêcher de ricaner et de faire un signe à son écuyer pour le rassurer et le faire lâcher son arme.
Il resta là, à écouter attentivement, quand on lui demanda son avis. Le vicomte donna deux petits coups d’éperons dans les flancs de son cheval, afin de s’avancer et de se grandir devant l’enfant. Il donna un ton rauque à sa voix, et se mit à gronder :

« Sire, je crois que la punition pour braconnage est la même partout : La pendaison jusqu’à ce que mort s’en suive. »

Valère n’avait strictement aucune envie de pendre un enfant. Mais il n’avait pas beaucoup d’amour pour les braconniers non plus : Son idée était de simplement faire peur à l’enfant, la frousse qu’il sentirait serait probablement une punition suffisante pour le forfait qui a été commis. Alors, Valère regarda l’enfant en fronçant les sourcils, et continua avec sa voix grave :

« Ton père t’oblige à braconner ? Est-ce qu’il ne t’as pas prévenu de la peine que les forestiers réservent aux braconniers ? N’a-t-il pas peur pour ta vie et pour la sienne ? »

Valère tourna la tête vers son cousin, et lui fit un sourire rassurant, pour lui montrer qu’il ne voulait pas réellement de mal au gamin.
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MessageSujet: Re: Poursuite farouche Ven 2 Nov - 17:26
S'il ne savait pas maîtriser ses émotions, Enguerrand serait devenu blême lorsque son cousin voulu pendre l'enfant. Il fut donc rassuré quand il comprit que Valère bluffait.
Il semblait s'amuser à faire peur à l'enfant, mais celui ci ne se laissait pas faire malgré la trouille apparente qui lui faisait trembler les jambes et chevroter la voix.

« Et vous a ton prévenu de la peine qu'encourent chaque jour notre autres les vilains ! Mon père a peur pour ma vie, c'est pour cela qu'il m’envoie chasser ! Et qui vous dit que ces lapins viennent d'ici ? J les ai peut être prit ailleurs ! »

Au vu de l'insolence du gamin, Enguerrand eut peur que son cousin ne veuille réellement le pendre et préféra s'interposer.

« Comment t'appelles tu ?
- Adrienne. »


Le gamin était donc une gamine. Sous cette crasse et ce bonnet se trouvait le visage d'une jeune fille d'à peine 10 ans.

« Et bien si les hommes ne doivent pas braconner les femmes ne le devraient encore moins. On réserve la pendaison pour les voleurs comme toi, mais ta chance veut que la coutume n'autorise pas à pendre pas les femmes.
- Oh oui, je sais bien qu'on leur réserve bien pire. »


Enguerrand avança son cheval pour se mettre à hauteur de Valère.

« Tu es bien curieuse pour une fillette. Courageuse et pas mal habile pour prendre les lapins. Vois la jeunesse de ce pays Valère, talentueuse mais incontrôlable.
Hélas pour toi fillette, tu as devant toi le Sénéchal de Cahogne, maître de la justice de ce pays.
Quelle sanction va t'on te réserver ? »
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MessageSujet: Re: Poursuite farouche Ven 2 Nov - 17:57
Valère ne put s’empêcher de sourire à la remarque de la jeune fille. Le vicomte avait un amour particulier pour les insolents, même si la justice avait tendance à être moins laxiste envers eux. Les repentants s’en sortent mieux que les gens qui répondent. Il laissa son cousin parler avec la petite fille, en s’assurant de vite supprimer son sourire, surtout lorsque le sénéchal se mit à réfléchir à la punition qu’on allait lui réserver.

« Un minute mon cousin ! La gamine a soulevé un détail important : Nous n’avons pas de preuves crédibles qu’elle a tué ces lapins elle-même, dans cette forêt. Si cela se trouve, elle a réussi à les attraper en bordure de la forêt. Ou bien, elle les a achetés avant de passer par ici. Serais-ce bien raisonnable de punir quelqu’un sans preuves qui ne soient pas circonstancielles ? »


En réalité, Valère n’était pas un idiot dupe. Il savait très bien que l’enfant était une braconnière. Mais enfin, s’ils la laissaient partir en prétextant un non-lieu, cela ferait moins perdre la face que de simplement montrer qu’on a un cœur trop généreux à l’encontre de braconniers. Il faut dire, les braconniers sont véritablement une plaie pour le pays. Les seigneurs tirent des revenus très importants de leur réserve, permettre à des piques-assiettes de chasser une faune coûteuse et qui risque d’être menacée, cela ne plaît à personne.

« Néanmoins, j’aimerais bien mettre la main sur le père qui envoie sa fille encore enfant commettre de tels crimes ; Il ne serait pas déraisonnable de le faire pendre et de confier son enfant aux soins d’un monastère, où elle aurait une bien meilleure perspective d’avenir que de vivre hors-la-loi ! J’espère bien qu’il en sera averti. »
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MessageSujet: Re: Poursuite farouche Dim 4 Nov - 18:38
Là s'illustrait la différence en Valère et Enguerrand.
Valère était réfléchi et patient là où Enguerrand s'avançait tête baissée pour défendre ses droits et son honneur.

« Vous avez raison cousin, nous manquons de preuve. Il se peut que cette fillette ait raison.
Seul Dieu pourra te juger, et si tu as commis quelques fautes, j'espère que tu iras te confesser au curé de ta paroisse, ou bien tu risques l'enfer. Celui des fillette est le pire paraît-il. »


Enguerrand tira les brides de son cheval pour se détourner de la jeune fille, comme pour signifier qu'il en avant terminé ici.

« Si nous n'avons pas de preuve pour condamner la fille, nous n'en n'avons pas plus pour condamner le père. Et celui-ci a quelques mérites pour avoir éduqué une fille capable de chasser trois lapins. Allons donc, nous devons rejoindre le mien de père, lui aussi à de l'habiliter à la chasse apparemment. »

A présent tourné vers le bruit des trompettes Enguerrand adressa un dernier mot à la vilaine sans même la regarder.

« Quitte cette forêt Adrienne. Je prierai pour ton âme ce soir.
Venez Valère. »


Le sénéchal reprit son chemin, bientôt suivit par le vicomte et les siens, laissant la fillette avec ses belles prises qui ne lui appartenaient certainement pas.
Les hommes duc étaient proches, mais il était encore temps pour une petite discussion avec Valère. Autant en profiter avant que le duc ne s'accapare de nouveau tout son temps.

« Comment va votre sœur Alix ? La voyez vous souvent ?
J'ai apprit que son époux s'était fait élire au comté de Vaucouleur. Voilà votre sœur comtesse d'une belle principauté. Cela doit la changer de la cour de Chambois. »
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MessageSujet: Re: Poursuite farouche Dim 4 Nov - 21:55

Valère se pinçait les lèvres. Mille réflexions désagréables lui venaient en tête après qu’ils quittaient la gamine. Il savait que l’esprit très pieux et peu ouvert de son cousin l’empêchait de réellement arriver à placer de bons mots. Le vicomte avait pourtant bien envie de se moquer, de sous-entendre que ce n’était pas avec des prières que les braconnages allaient cesser ou que Adrienne allait avoir un meilleur destin que celui de hors-la-loi. Mais il savait que cela n’aurait fait que vexer Enguerrand, et ce n’était pas le moment de le vexer, pas quand ils pouvaient enfin discuter tous les deux.
Le vicomte fit plutôt un petit signe à son escorte qui se détendit et qui reprit le chemin, un peu éloignée des deux aristocrates qui cavalaient à petite distance, côte-à-côte, au milieu du bois.

« Alix ? Hm… J’ai eu un peu de mal à la voir depuis qu’elle est partie pour Vaucouleur. Elle heu… Elle semblait ravie de partir pour le nord, effectivement. Et son mari va très bien. Vous l’aimeriez beaucoup je pense, il me fait beaucoup penser à vous. »


Betrand de Chambois était tout autant naïf et pieux qu’Enguerrand, mais Alix était du même bois que son frère. Peut-être moins subtile, peut-être pas assez discrète, mais elle savait bien parler, y comprit à son époux. Alix et Valère avaient tous deux perdu leur père jeune à cause de la guerre, et leur mère peu après à cause du Fléau. S’endurcir et apprendre à survivre dans ce monde les avait probablement changés et rendus peu attachés aux belles valeurs de la chevalerie ou de la cour des dames. Oui, Alix était ravie d’enfin être libérée de la tutelle de sa belle-famille et de pouvoir espérer contrôler Vaucouleur de sa propre main, mais parviendrait-elle à obtenir ce qu’elle voulait ? Qu’est-ce qu’elle voulait, au juste ? Le vicomte se mettait à rêvasser, quelques instants, mais il se reprit et continua la discussion avec Enguerrand.

« Peut-être que son époux viendra au tournoi. Ce sera l’occasion pour moi, et pour vous, de revoir Alix. Elle vous aime beaucoup vous savez, elle me demande souvent de vos nouvelles. »

Ce n’était pas vrai. Alix était assez neutre envers Enguerrand, et n’avait pas d’attachement particulier envers lui. S’il y avait quelqu’un de la famille avec laquelle elle était très proche, c’était Adeline. Têtue et femme forte comme elle, elle n’avait envers elle qu’un amour sincère empreint d’admiration.

Alors que Valère parlait tranquillement avec Enguerrand, un cavalier fonça à leur rencontre. Valère le reconnu : C’était un de ses hommes à lui. Un tout petit hobereau pauvre de la vicomté de Beauziac, qui faisait partie de la clientèle de Valère. Le seigneur salua les deux hommes, et, à bout de souffle, il tenta de dire quelques mots.

« Messeigneurs… Sire Valère… Votre meute… Ils ont flairé une… Bonne piste…
– Ah ! Ce sont des braves chiens ! Vous les avez poursuivis ?
– Nous… Attendions… Votre ordre…
– Mh…
Qu’en dites vous, Enguerrand ? Vous ne semblez pas avoir le cœur à la chasse, et moi même suit un peu grippé… Mais avouez que cela ferait une bonne surprise à votre père, que nous avons trouvé nous aussi une jolie proie pour rivaliser contre lui. Qu’en dites vous ? »
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Fiche : Enguerrand de Guivre
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MessageSujet: Re: Poursuite farouche Lun 12 Nov - 11:14
« J'ai l'ai déjà croisé au cours d'un tournois ou deux. C'est un vaillant guerrier, habile de la lance et de l'épée. Je n'ai pas eu l'honneur de l'affronter, peut être que l'occasion se présentera au tournois du Roi. Vous devez être fier de l'avoir pour beau-frère, et votre sœur heureuse de l'avoir pour époux. »

De Bertrand de Chambois, Enguerrand en avait le souvenir d'un homme élégant et courtois, un parfait chevalier, l'exemple à suivre pour tous les jeunes pages.

« J'apprécie votre sœur aussi, c'est une femme de caractère, tout comme la mienne. Adeline serait prête à prendre ma place sur la lice si je tombais malade ! Si nous ne croisons pas Alix à Castelion j'aimerai que vous lui transmettiez mes salutations. »


La conversation avec Valère fût interrompue par l'arrivée d'un cavalier. Enguerrand reconnu l'un des hommes de son cousin qui leur annonça qu'une piste avait été flairée par les chiens.

« Et bien ma foi Valère, je ne vais pas refuser de chevaucher à nouveau à vos côtés. Et je ne manque jamais une occasion pour rivaliser avec le duc ! »

Enguerrand donna un coup d'éperon dans le flanc de son cheval et la compagnie parti au galop à la poursuite de l'animal. Avec le vent qui lui fouettait le visage et Valère à ses côtés, Enguerrand avait le sentiment d'être retourné en Valentine, les soldats de Pavène et de Reino face à eux et prêts à faire s'entrechoquer leurs lames.
Bientôt, un cerf fût en vu. Il n'était pas aussi gros que celui poursuivi par le duc, mais c'était tout de même un bel animal. A vu de nez, Enguerrand l'estimait à 120kg, peut être 130, mais au vu de ses bois, c'était un jeune.

« Ici Valère ! Un beau daguet ! »
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MessageSujet: Re: Poursuite farouche Mer 14 Nov - 23:08

Le vicomte regretta vite sa décision de pourchasser le cerf. Grippé, le nez coulant, la gorge endolorie, le soudain effort pour cavaler à nouveau aux côtés de son hobereau afin de rattraper le reste de sa clientèle le fatigua beaucoup et le fit tousser. Derrière lui, le page qui montait un mulet se dépêcha de se rattraper de son maître afin de lui apporter un nouveau mouchoir en soie dans lequel le vicomte étala sa morve et toussotait.

« Allez ! Allez, qu’est-ce que vous attendez messires ? En avant ! »

La petite chevalerie et les vavasseurs de Beauziac étaient là, hésitants, agglutinés autour de la meute de Valère. Valère avait une fascination pour les chiens de chasse, et s’il était très dépensier dans ses vêtements et dans son luxe, il l’était encore plus dans l’entretien dans sa meute qui l’accompagnait chaque fois qu’il quittait Castelion pour aller dans une quelconque campagne des Landes. Ses limiers traînaient et raclaient le sol, à peine tenus en laisse par le veneur et ses assistants qui retenaient la bête. Mais sitôt le vicomte avait hurlé avec sa voix faible et enrouée, que le veneur retirait les laisses des chiens et sifflait pour ordonner à la meute de courir. Toute la chevalerie de Beauziac (Ainsi que quelques clients du duc de Guivre qui avaient décidé d’accompagner Valère plutôt que leur suzerain) s’élança avec des hurlements et des cries de joie, Enguerrand parmi eux. Valère trottait plus lentement en arrière, en réalité peu intéressé par la chasse, surtout rendu affaibli par la maladie.

Un cerf fut débusqué. Enguerrand cria à l’attention de son cousin, ce qui fit lever sa main au vicomte, qui lui répondit avec un ton bien emprunté :

« Allez-y mon cousin ! Bonne chasse ! »

On hurlait. Tous les nobles rutilants braillaient tellement fort qu’on entendait leurs cris dans un écho désagréable à travers le bois, et que le sol tremblait un peu sous le claquement des sabots de leurs montures qui labouraient la fange et cassaient les racines. Valère suivait la traque, même s’il était plus lent, tandis que tous les cavaliers se mettaient à se diviser dans tous les sens, se répandant à travers la forêt pour trouver le daguet qui fuyait ventre à terre pour échapper à l’hallali.

Les chiens de Valère étaient excellents. Valère rattrapa Enguerrand et lui conseilla de suivre les aboiements plutôt que de suivre la meute de cavaliers qui détalaient dans tous les sens. Suivant un chemin accidenté et peu praticable à travers lequel des branchages avaient été cassés nets, les deux nobles parvinrent à se frayer un petit chemin jusqu’à ce que, devant une petite mare, ils virent le daguet qui se débattait contre les chiens du vicomte.

« Magnifique ! »

L’écuyer aux côtés de Valère tandis à son maître une javeline. Le vicomte la refusa du plat de la main et répondit aussitôt à son damoiseau.

« Donnez cet arme à sire Enguerrand : C’est à lui que revient de mettre à mort la bête !
Allez-y Enguerrand. Montrez à mes chevaliers ce que vous savez faire. »
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Poursuite farouche
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